
Séjour en ENFER VERT
(2ème session)
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A part le molokoi, il n’y a pas d’autres grosses randos balisées en Guyane. Ca fait longtemps qu’on cogite avec les colocs de se faire notre propre expédition, évidemment ça demande pas mal de préparations : dans quel endroit, quel itinéraire, combien de km en combien de temps, quel matos amener et s’entrainer physiquement. On a donc choisi ça sera entre la route nationale et le barrage de petit-saut, ici on ne pourra pas se perdre, on est dans un « triangle» délimité par la RN, la route de petit-saut et le fleuve Sinnamary. C’est bien pour commencer. On prévu de le faire sur 3 jours avec environ 5 km par jour. On part de la RN pour arriver au PK15 de la route de vers le barrage. Pour le matos à prendre on a feuilleté le guide « vie et survie en milieu tropical » (par Philippe Gilabert, très bon ouvrage que je recommande) que Dodo a eu pour Noel. Le minimum à avoir pour ce genre d’expédition : boussole, GPS, machette, hamac, moustiquaire, bâche, un kilo de couac (semoule de manioc brésilienne qui « bourre » le ventre), trousse à pharmacie, purificateur d’eau, des allume-feux, une tenue de marche et une tenue de nuit, et s’il reste un peu de place un peu de bouffe. Finalement, Greg s’est désisté, d’autres gens étaient motivés mais en choisir un ou deux aurait créé des histoires, donc nous sommes parti qu’à 2 avec Dodo. D’ailleurs, on s’est rendu compte que partir à 2 n’est pas sécuritaire en cas de soucis (le mieux c’est à quatre car il ne faut jamais laisser quelqu’un seul en forêt). On a laissé notre itinéraire aux autres colocs, en leur disant de ne pas s’inquiéter si on ne revenait pas au bout de 3 jours, mais qu’ils pouvaient au bout de 4.
Samedi matin, debout 7 heure, Louise nous amène gentillement à notre point de départ en voiture. On arrive sur place, on grimpe le talus au bord de la route et c’est parti, 3 jours dans l’enfer vert ! Première chose à faire, prendre un point GPS pour s’orienter par rapport aux points pris sur la carte auparavant. Ouchh…les coordonnées ne sont pas le même (on aurait du vérifier avant). On laisse tomber le GPS, on se guide à la boussole. Et pour ne pas se perdre on maintiendra un cap par jour (W le 1er jour, SW le 2ème et SE le troisième, pour faire une sorte de boucle). Déjà, dès le début on savait qu’on allait en chier, la mâchette à la main on coupe devant nous, on se créé un chemin dans se milieu dense, on monte, on descent, rarement du plat. 1h, 2h de marche la pause s’impose. On est déjà trempé de sueur, une barre de céréale, de la flotte et une clope et s’est reparti. Généralement on faisait une petite pause toute les heures ! Ca peut paraitre énorme, mais il n’en est rien. On traverse de la forêt secondaire (végétation basse, la plus casse-couille pour progresser), de la forêt primaire avec ses gros arbres (on en a vu de magnifique), des marécages (eux sans trop de difficulté, si ça ne dérange pas de marcher dans la boue et de l’eau). Bref, on ne savait pas trop le type de milieu que l’on allait traversés car personne ne pouvait nous renseigner là-dessus (d’après les dire, 20 ans que personne n’a été dans ce coin), mais notre carte pouvait nous renseigner sur les cours d’eau et les collines. Les cours d’eau, RDV essentiel pour remplir les bouteilles et pour se décrasser, lieu quasi-obligatoire pour l’aménagement d’un bivouac. Le premier soir on a trouvé facilement un endroit parfait pour la nuit. Au milieu des sinuosités d’une rivière qui doit être grosse en saison des pluies, on débroussaille où on veut mettre nos hamacs, on faisant bien attention de ne pas se trouver à proximité de bois morts sur pied (la chute d’arbres est la première cause de mortalité en forêt. D’ailleurs, Dodo a évité de peu de se prendre une branche tombante sur la tête, il a fait un sprint de fou quand il a entendu la branche casser), de fourmilières ou de nids de guêpes. On pause nos hamacs, on se lave et nos fringue avec, on allume le feu et enfin c’est l’heure de l’apéro (hé oui ne jamais oublier le rhum, en plus ça sert de désinfectant). Dodo nous fabrique des sortes de broches pour cuire nos saucisses qu’on avait amenées pour le premier soir. Ca fait du bien de reprendre des forces. La nuit tombe vite en forêt et avec la fatigue à 21h on est couché, bercé par les doux bruits de la forêt ou pas (les babounes = singes-hurleurs nous ont montré qu’ils étaient présents, et ils portent bien leur nom). On se réveille avec le soleil le matin, on range, on nettoie et s’est reparti pour une dure journée. La deuxième journée a été la plus dure, on ne s’attendait pas à autant de dénivelé ni à autant de distance pour trouver une autre crique pour passer la nuit (qu’on n’a pas trouvé d’ailleurs). On a donc dormi dans une pente, avec un petit ruisseau en bas (lavage à la casserole). Epuisé, on va se coucher encore plus tôt que le premier jour, il n’est même pas 20h. Le lendemain, on espère arriver mais on ne sait pas où on est par rapport à la carte. On aurait pu suivre des cours d’eau pour trouver une rivière (point de repère facile), mais le plus judicieux consistait à maintenir notre cap. Finalement, on arrive sur la route vers 13h30 le lundi. Hourahh !! Putain on était content de la trouver celle-là, on crie, on se félicite sous l’effet de la grosse fatigue physique et morale. Une voiture d’EDF nous prend en stop (on a eu beaucoup de chance car sur cette route quasi personne ne circule, il n’y a que le labo Hydreco et le barrage EDF. On rentre sur Kourou complètement HS mais heureux de ce qu’on a fait.
On retient de cette expédition la diversité des milieux traversés, les épines d’Astrocarium, pleins de chablis, les putains de lianes qui s’accrochent au sac ou qui se prennent dans les pattes (à la fin ça énerve vraiment !), les tiques enlevés par quinzaine, le dénivelé (des fois on était limite de monter à quatre pattes), du dimanche soir à notre arrivée de la pluie non-stop (des dizaines de chutes, on a même eu froid !!!). On a franchi quelques obstacles à la Indiana Jones, on a fait de la poutre sur les troncs avec des fossés parfois de 3 mètres en dessus, d’autres fois on s’aidait de la végétation pour s’agripper et ne pas tomber dans de fortes pentes… Un vrai parcours du combattant ! Malheureusement, on n’a pas eu le temps de prospecter pour voir les bestioles, de pêcher, on n’avançait même pas à 1 km/h (on marchait 6 heures par jours en moyenne). On n’a pas trouvé de serpents, ils se mangent tous, on aurait voulu y gouter (ça ne peut être que meilleur que le couac-sardine), ça sera pour une prochaine fois où on se prendra plus de temps pour nous (moins de distance à parcourir). Nous (n’) avons vu (que) des tamarins traverser des arbres de branches en branches, une sorte d’oiseau magnifique vert-bleu avec 2 énormes plumes sur la queue se terminant par une sorte de boule (à déterminer), un groupe de Hoccos (gros dindons de la forêt) et sinon pas grand-chose.
Je ne conseille ce genre de trip qu’à des gens en bonnes conditions physiques et avec un moral de fer. On a fini avec les jambes lourdes et les bras aussi à cause du coupe-coupe (des marques de brûlure sont encore visibles au niveau des aisselles avec les frottements du sac), avec de petites blessures dues aux lianes-rasoirs, aux guêpes et aux fourmis (dans un bas-fond j’ai étais obligé d’enlever mon pantalon car des fourmis commençaient à m’attaquer les pattes). Je retiens que je n’aurais jamais cru que c’était si facile de se perdre en forêt, il fallait prendre sur soi et ne pas désespérer, ce qu’on a su faire.
Finalement, on ne sait pas trop où on a été, mais on y est revenu, plus que motivé pour remettre ça prochainement dans un autre endroit (vers Kaw ou Cacao ça serait terrible) tellement ça nous a plu.
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